| In Situ n°6 - septembre 2005 | |||
| [Sommaire du numéro] [Recherche] [Recherche iconographique] [PDF imprimable] [Version XML] ![]() | Entre tradition et modernité : les hôtels à Besançon de 1730 à 1750* |
Après le rattachement de la Franche-Comté à la France par le traité de Nimègue en 1678, et le choix de Besançon comme capitale de la province en 1681, le destin de la ville changea radicalement. De nombreux Comtois vinrent occuper les rangs du parlement déplacé de Dole, l’ancienne capitale, à Besançon ; et de hauts fonctionnaires, souvent parisiens, s’y installèrent aussi, soit à demeure, soit temporairement. La juxtaposition de ces deux sphères sans unité de goût se lit encore dans les pierres de la ville. A partir d’un corpus d’une trentaine d’hôtels bâtis entre 1730 et 1750, moment où l’élite eut enfin envie de se fixer à Besançon, on observe la diffusion de deux modèles : l’un ancré dans la tradition locale, l’hôtel sur rue, bâti pour une clientèle de parlementaires comtois et par des architectes bisontins ; l’autre solution, l’hôtel entre cour et jardin dit aussi « hôtel à la parisienne » étant le fruit d’une importation due à de grands personnages étrangers à la province, lesquels firent aussi appel à des architectes hors de la sphère locale. Durant vingt ans, nous assistons ainsi à l’acculturation des modes parisiennes dans un milieu où les derniers raffinements de l’art de vivre à la française avaient encore très peu pénétré, qu’il s’agisse d’architecture, de décor ou de confort.
After the province of Franche-Comté was joined to France by the Treaty of Nijmegen in 1678 and Besançon chosen as the province’s capital in 1681, the destiny of the town was radically altered. Many Comtois came to sit in the Parlement, which was transferred to Besançon from Dole, the former capital. Various high administrative officers, often of Parisian origin, also settled in the town, either permanently or on a temporary basis. The juxtaposition of these two spheres of influence can still be read in the city’s buildings. A corpus of some thirty town houses built between 1730 and 1750 was studied, covering this crucial period when new elites came to settle in Besançon. This corpus allows us to identify the development of two distinct models. One, rooted in local tradition, was the town house fronting the street, designed for a clientele of Parlementaires and built by local architects. The second solution, with the house placed between a front courtyard and a garden behind, also known as a “Hôtel à la parisienne”, was an imported model introduced by important figures from outside the province, who also commissioned architects from outside the province. During this period of twenty years, we can thus witness the acculturation of Parisian fashions in a milieu where the latest refinements of the French way of life were still something of a novelty, whether in architecture, in interior design or in standards of comfort.
Du Moyen Age au troisième tiers du XVIIe siècle, Besançon fut une ville libre de l’Empire, petit Etat possédant ses propres règles à l’intérieur d’un territoire avec lequel elle n’entretenait pour ainsi dire aucun lien politique et administratif.
En 1681, suite à la conquête de la Franche-Comté par Louis XIV, son destin changea du tout au tout puisqu’elle fut choisie comme capitale de la province, avec toutes les conséquences urbanistiques et artistiques qui en découlèrent. Périodes de repli et périodes d’ouverture se traduisirent dans l’architecture par des formes spécifiques, des manières de bâtir, issues de ce milieu resserré sur lui-même ou au contraire ouvert bon gré mal gré à l’influence étrangère.
Entre 1681 et 1730, la ville fut transformée en place forte sous la direction de Vauban. On construisit un hôpital, on s’occupa des églises tombées en ruine et des couvents qui ne valaient guère mieux. Ce fut aussi le temps nécessaire pour que l’instabilité engendrée par la mise en place des nouvelles institutions puisse être résorbée et que les cadres dirigeants originaires de divers horizons aient enfin l’envie de se fixer et d’investir dans la pierre. Ces derniers appartenaient à deux univers différents qui, dans une vision simplifiée, pourraient se définir ainsi : d’un côté une société locale, constituée par la noblesse comtoise d’ancienne souche et surtout par des anoblis récents venus exercer de nouvelles fonctions dans la capitale ; de l’autre le milieu « régénérateur » des familles étrangères à la province à qui étaient souvent destinés les postes les plus importants, avec à son sommet l’intendant, le gouverneur et le commandant militaire, sans compter l’archevêque et son entourage qui, de tout temps, n’avaient guère été sensibles à ces distinctions.
Dans la première moitié du XVIIIe siècle, les chantiers de construction privée, ou de réfection des intérieurs, furent donc témoins de la rencontre de ces deux mondes, les années 1730-1750 constituant le moment le plus fort avec l’apparition d’une trentaine d’hôtels neufs.
Pour mieux apprécier le phénomène et en comprendre les enjeux, il est nécessaire de faire un bref retour en arrière sur le XVIIe siècle.
Alors qu’en France et notamment à Paris s’épanouissait « Le temps généreux » de « La Grande Manière » [1] généralement appelé l’art classique, Besançon et la Franche-Comté vivaient les horreurs de la guerre de Dix Ans qui vida la région des trois-quarts de ses habitants, suivie de peu par deux guerres de conquête, si bien que la future capitale ne connut aucune construction d’hôtels entre l’orée du XVIIe siècle et le début du siècle suivant. Aussi est-on en droit de s’interroger sur la production des maîtres d’œuvre locaux, en principe chargés de bâtir les demeures des années 1730-1750, privés de la continuité artistique observée ailleurs, sans modèles locaux récents et sans possibilité de formation in situ.
Or, à l’observation de cette trentaine d’hôtels se distinguent nettement deux modèles : l’hôtel sur rue, largement majoritaire [2] et l’hôtel entre cour et jardin, dichotomie qui pourrait correspondre aux goûts divergents des deux groupes sociaux définis plus haut, voire à ceux de deux catégories d’architectes.
Pour tenter une première approche de ce groupe d’hôtels, de loin le plus important en nombre, une première recherche s’imposait, celle de retrouver les commanditaires, tâche à vrai dire assez facile, puisque la plupart de ces demeures portent encore aujourd’hui le nom de leur premier propriétaire.
Ils composent en réalité un groupe social homogène partageant deux caractéristiques principales :
- pour l’écrasante majorité, ils sont membres du parlement, institution déplacée de Dole (l’ancienne capitale) à Besançon après la conquête ;
- à de rares exceptions près, ils sont originaires de la province, et le plus souvent de la ville même de Besançon.
Plus ou moins importante, leur fortune était en tout état de cause bien inférieure à celle de leurs homologues parisiens ; mais la demeure urbaine abritait également les membres de la famille élargie et pouvait constituer une source de revenus, puisqu’une partie en était souvent louée, la demande en logements étant très forte, en raison de l’afflux de population engendré par le nouveau statut de la ville [3].
On ne connaît pas les maîtres d’œuvre de tous ces hôtels, mais il existe entre ces derniers une telle parenté, une telle uniformité, qu’on ne peut y voir le seul effet des origines sociales des commanditaires. Devaient nécessairement y être associés des architectes locaux qui avaient dû faire leurs preuves - faute d’une autre clientèle - sur les grands chantiers publics et religieux du début du siècle. Ces hommes, issus de milieux modestes, avaient aussi la réputation de ne pas forcer sur les prix ce qui devait séduire une clientèle célèbre pour son sens aigu de l’économie.
D’ailleurs, lorsqu’on connaît l’architecte - ce qui est le cas pour plus d’un tiers des édifices - on ne trouve quasiment que deux noms : Jean-Pierre Galezot et Jean-Charles Colombot, deux architectes qui dominèrent les marchés privés dans la première moitié du siècle et qui fixèrent la forme de l’hôtel de parlementaire bisontin à laquelle nombreux restèrent fidèles jusqu’à la Révolution.
Grâce à une étude récente [4], la formation et la carrière de Jean-Pierre Galezot sont assez bien connues.
Né en 1682 et mort en 1742, Galezot appartenait à l’une des nombreuses familles de sculpteurs sur bois des plateaux jurassiens qui réussirent à maintenir une activité artistique sur le sol comtois au XVIIe siècle, alors que toute création architecturale avait été stoppée entre 1630 et 1680. A la fin du XVIIe siècle, plusieurs de ses membres s’installèrent à Besançon, attirés par l’effervescence produite par les chantiers qui s’ouvraient alors dans la nouvelle capitale, chantiers dominés par les ingénieurs du roi et renforcés par l’activité déployée par les architectes des communautés religieuses, recrutés dans leurs ordres.
Dans sa jeunesse, Jean-Pierre Galezot fit évidemment ses premières armes dans l’atelier de son père où il rencontra Dom Vincent Duchesne, architecte de l’Ordre des bénédictins de Saint-Vanne en charge de la Lorraine, de la Franche-Comté et de la Champagne qui devint peut-être son mentor ou tout du moins son initiateur dans la pratique architecturale [5]. Par son protecteur, l’intendant Charles Deschiens de la Neuville (en Franche-Comté entre 1718 et 1734), il obtint ensuite de nombreux contrats d’architecture publique et religieuse, dont il fut évincé en 1734, lors de l’arrivée d’un nouvel intendant, Barthélemy de Vanolles. C’est ainsi qu’il se tourna, fort d’une certaine notoriété, vers le domaine de l’architecture privée où il put proposer à sa clientèle des édifices en quelque sorte « clé en main » grâce à sa double formation de sculpteur sur bois et d’architecte (fig. n°1).
Nous sommes moins renseignés sur Jean-Charles Colombot (1719-1782) [6], fils de ferblantier du quartier de Battant qui travailla probablement comme dessinateur en même temps que son père dans l’atelier Galezot [7], avant de signer ses premières œuvres vers 1740. Jusqu’en 1757, date à laquelle il fut nommé architecte des Eaux et Forêts - ce qui le conduisit à fournir aux communautés villageoises des plans d’églises, de presbytères, de maisons de pâtre et d’autres équipements publics - il se consacra presque exclusivement à la clientèle privée bisontine qui lui commanda la construction de plus de vingt demeures, sans compter d’innombrables interventions sur les façades d’anciennes maisons, tant pour les surélever, percer des arcades boutiquières ou les rénover totalement. Il participa ainsi amplement à la mise au goût du jour de la ville en diffusant un style Louis XV atténué, simple et mesuré (fig. n°2).
L’architecte accordait néanmoins une grande attention aux monuments du passé. Alors que ses contemporains détestaient l’univers des formes des XVe et XVIe siècles, Jean-Charles Colombot le respectait en reproduisant, par exemple, dans les surélévations, le style des baies de la façade initiale. On lui doit aussi, en 1741, la construction de l’hôtel de Montureux, dans la continuité de l’hôtel du Bouteiller bâti en 1582, avec une façade à l’imitation parfaite de la précédente (fig. n°3).
Il ne faut pas chercher dans ce type d’hôtel où tous les intervenants sont comtois un renouvellement important des formes architecturales, même si les maîtres d’œuvre de la première génération du XVIIIe siècle n’étaient pas complètement coupés des œuvres novatrices de leur temps, plus à rechercher cependant dans l’art militaire (nous pensons à l’admirable intégration de la citadelle de Vauban dans son site) que dans la demeure privée, en raison du contexte évoqué plus haut.
De plus, il suffisait de peu pour briller dans la société bisontine qui, dans la première moitié du siècle surtout, avait encore du mal à se défaire de ses antécédents ruraux, et dont l’austérité était légendaire [8].
Bâti sur rue, l’hôtel de parlementaire bisontin respecte une vieille formule du XVIe siècle qui n’avait connu que cette implantation, et ne possède souvent qu’un seul étage carré. Il se fond dans les deux dimensions de la rue et ne se différencie guère des maisons construites à la même époque et par les mêmes architectes, si ce n’est par l’ampleur de sa façade, une porte cochère remplaçant le traditionnel couloir latéral, un balcon en ferronnerie marquant le bel étage [9], un fronton triangulaire coiffant un avant-corps central [10] ; utilisée partout, la pierre de taille, réputée difficile à sculpter, mais d’une mise en œuvre soignée, se chargeant d’unifier le continuum des rues.
La distribution extérieure obéissait à un schéma immuable : le passage cocher débouchait sur une cour que prolongeait un jardin. Une ou deux ailes sur cour, perpendiculaires au logis sur rue, abritaient communs, remises et écuries. Moins fréquemment, comme à l’hôtel Chifflet - construit en 1734 par Jean-Charles Colombot et agrandi par le même architecte en 1751 à la faveur d’un regroupement parcellaire [11] -, un second logis parallèle au principal était ajouté entre deux cours, la seconde prolongée par un jardin, reproduisant ainsi une composition d’ensemble observée à la même époque dans le petit parcellaire où l’on s’activait à lotir pour faire face à la crise du logement (fig. n°4).
Tant dans leur emplacement que dans leur forme, les escaliers obéissaient à deux états d’esprit.
L’un était emprunté à l’architecture populaire dont le take-off avait eu lieu dans les années 1680. Bien avant 1730, celle-ci avait adopté l’escalier à cage ouverte sur cour, moyen simple de distribuer au moins deux logis sans être obligé d’intégrer cet ouvrage encombrant à l’intérieur de la maison. Situé à la jonction du logis principal et de l’aile sur cour, l’escalier à cage ouverte remporta un vif succès dans les hôtels de la première moitié du siècle. Commode et peu onéreux, il fut cependant éliminé dans les demeures de prestige de la deuxième moitié du siècle, sans doute jugé trop vernaculaire par les architectes et trop incommode par les maîtres de maison qui s’empressèrent d’ailleurs par la suite de fermer les cages par divers procédés (fig. n°5). Construit traditionnellement en bois pour les maisons, l’escalier à cage ouverte d’hôtel est toujours traité en maçonnerie avec une rampe en ferronnerie, du moins jusqu’au premier étage : une manière de rappeler dès l’accès à la cour qu’il s’agissait de l’escalier d’honneur d’une demeure patricienne.
L’autre formule plus moderne et plus commode pour descendre de carrosse sans affronter les intempéries, consistait à placer l’escalier dans œuvre, à droite ou à gauche du passage cocher. Le premier de ce type - qui servit vraisemblablement de modèle aux autres - avait été installé vers 1710 à l’hôtel Belin, construit par un auteur inconnu sur une partie du jardin du palais Granvelle pour une riche famille de parlementaires alors alliée au début du XVIIIe siècle aux banquiers Faure [12]. Cette disposition faisait peut-être lointainement écho à celle de petites maisons du XVIe siècle, où l’on plaçait parfois un escalier en bois sur le couloir, au lieu d’en greffer un en pierre à l’extérieur sur l’une ou l’autre des façades.
Les escaliers eurent aussi assez de mal à se dégager de la structure rampe sur rampe en pierre à gros mur d’échiffre dont la fortune avait été immense à Besançon au XVIe siècle, alors que l’escalier en vis y était rare [13]. En 1730, l’escalier à cage ouverte de l’hôtel Chevanney, attribué à Jean-Pierre Galezot [14] , perpétue cette forme bien que l’épais mur d’échiffre ait été remplacé ici par des piliers (fig. n°6).
Cependant dans ces années-là, apparut aussi l’escalier à jour central dans-œuvre, appelé alors avec « vuide à la moderne » [15], comme on peut le constater à l’hôtel de Courbouzon, bâti en 1744, par Jean-Charles Colombot [16](fig. n°7).
A la « beauté du dehors et commodité du dedans » [17] des grandes demeures parisiennes, les hôtels de parlementaires bisontins semblent répondre par une formule inverse : la « simplicité du dehors et [la] modestie du dedans ».
L’étage noble était en effet souvent composé de quatre pièces, deux sur rue, deux sur cour se commandant toutes, avec antichambre, salle de compagnie et deux chambres auxquelles pouvaient être adjoints deux étroits cabinets, disposition que l’on trouve par exemple à l’hôtel Boudard bâti vers 1750 [18].
L’antichambre, où l’on dressait des tables sur tréteaux, servait aussi de salle à manger.
A l’hôtel du Châtelet bâti en 1739 par Jean-Pierre Galezot [19], le bel étage comprenait six pièces aux fonctions plus différenciées [20] : de l’antichambre sur rue, on passait à la salle à manger et au salon sur cour, ce dernier donnant accès à un cabinet de jour situé dans l’aile droite, les chambres de madame et de monsieur, avec cabinet de toilette, jouxtant des pièces de réception (fig. n°8). Afin d’acquérir plus d’intimité, notons que ces appartements sans dégagement furent souvent réaménagés au XIXe ou au XXe siècle en réduisant l’espace des pièces hautes et larges, par l’insertion d’un couloir ou d’un vestibule.
A l’hôtel Chifflet, le maître de maison occupait le bel étage du second corps de logis composé de cinq pièces [21]. C’est peut-être en 1751, lors des travaux d’agrandissement par Jean-Charles Colombot, qu’une galerie avait été construite au-dessus des remises, situées dans l’aile gauche de la deuxième cour. Le cas est si rare dans un hôtel de parlementaire qu’il mérite d’être signalé. Mais les Chifflet étaient de grands collectionneurs. Ils possédaient - entre autre - des tableaux flamands, des médailles, des antiques dont un dieu Apis et une grande collection de livres et de manuscrits entreposés dans une bibliothèque faisant suite à la galerie [22](fig. n°9).
Les cuisines étaient généralement situées au rez-de-chaussée des ailes en retour sur la première cour. C’était le cas, par exemple, à l’hôtel Chifflet, à l’hôtel de Verseille bâti entre 1738 et 1750 [23] ou à l’hôtel de Maîche construit en 1741 [24]. Situation traditionnelle mais peu commode en l’absence d’office à l’étage car les mets, souvent montés par l’escalier à cage ouverte, devaient faire un trajet à l’air libre avant de rejoindre la salle à manger.
Bien que la plupart des hôtels aient possédé des petits cabinets « à feu » c’est-à-dire pourvus de cheminées, les appartements de commodités constitués de pièces entresolées ne paraissent pas avoir été prévus dès l’origine dans les hôtels de parlementaires de la première génération du XVIIIe siècle.
De fait, dans plusieurs demeures, les entresols signalés pour servir de bibliothèque, de garde-robe ou même de chambre pour femmes de service, semblent correspondre à des transformations de la seconde moitié du siècle. C’est le cas à l’hôtel du Châtelet dont l’aile gauche prolongée en 1773 [25] comprenait alors un entresol, ou encore à l’hôtel de Verseille où plusieurs furent aménagés entre 1780 et 1783 par Claude-Antoine Colombot (fils de Jean-Charles) [26]. Dans les cabinets de toilette, on ne signale pas non plus de baignoire, ni nulle part de « lieux à l’anglaise » qui semblent apparaître plus tard dans certains de ces hôtels, comme à l’hôtel de Verseille, équipé de cet élément de confort à partir de 1780 [27], époque d’un réaménagement de la demeure. « Les lieux » étaient relégués loin des grands appartements, au fond de la basse-cour (hôtel de Maîche) et souvent même à côté du creux à fumier (hôtel Chifflet) [28].
On a parfois dit que le tissu urbain de Besançon, très resserré, avait limité la construction d’hôtels entre cour et jardin. Cependant la largeur des parcelles occupées par les hôtels sur rue, en moyenne entre 8 à 11 m, et de plus très profonde, était amplement suffisante pour y bâtir à sa convenance. Quoiqu’il en soit, ce parti n’apparaît pas dans le paysage urbain bisontin avant le XVIIIe siècle [29]. Nous avons d’ailleurs émis plus haut l’hypothèse que ces hôtels, élevés entre 1730 et 1750, étaient selon toute vraisemblance le fruit d’une influence extérieure. Un premier indice nous est donné par leur appellation actuelle. A Besançon, l’hôtel entre cour et jardin du XVIIIe siècle s’appelle tout simplement « hôtel à la parisienne ».
Parmi les quelques Parisiens ou du moins étrangers à la province qui, entre 1730 et 1750, se fixent à Besançon en y prenant femme, il faut citer François-Michel Petit de Marivat qui fut le premier titulaire de l’office de commissaire provincial des guerres de Franche-Comté en 1704, puis nommé au Comté de Bourgogne en 1724, enfin promu ordonnateur à la résidence de Besançon en 1727 [30]. En 1732, il dotait Besançon du premier hôtel « à la parisienne », son mariage avec une Bisontine lui ayant permis d’acquérir un terrain acheté aux deux tantes de son épouse [31], situé place Dauphine (actuelle place Jean-Cornet), c’est-à-dire à l’extrémité de l’une des trois rues les plus courues de Besançon, où par conséquent le prix des terrains était le plus élevé [32]. F.M. de Marivat qui appartenait aux sphères de la haute finance, possédait des moyens infiniment supérieurs aux magistrats bisontins [33]. Il n’était donc pas étonnant qu’il fît appel à un architecte parisien, car personne sur place n’était capable de réaliser son projet [34]. Depuis les travaux de Gaston Coindre, au début du XXe siècle, l’hôtel de Marivat est en effet attribué à Jacques-François Blondel qui l’aurait reproduit dans son « Cours d’architecture » [35]. Malheureusement, nous n’en avons pas trouvé trace dans l’édition de 1771 [36].
Néanmoins dans les requêtes en voirie conservées aux archives de la Ville, subsistent deux dessins d’élévation sur rue, datés de juin 1732, non signés, mais dont les légendes ne laissent pas de doute sur l’auteur de l’édifice. Le premier est intitulé : « Plan et élévation du front de Mr de Marivat à construire sur la rue du Chateur sur les dessins de Mr Blondel, architecte à Paris, remis aux entrepreneurs et au greffe de la Police… », et le second - en réalité une copie en réduction du précédent - : « Elévation de la porte cochère et des pavillons en aile de la maison de Mr de Marivat vis à vis les Bénédictines, du dessin du Sr Blondel… » [37](fig. n°10).
De plus, il n’est pas inintéressant de constater que Jacques-François Blondel eut d’autres liens avec la Franche-Comté et probablement avec un Bisontin, puisque dans sa « Distribution des maisons de plaisance… » (1737-1738), il publie un « Plan général des bâtiments jardins et dépendances d’un projet fait sur un terrain sis à 3 lieux de Besançon », une fastueuse maison de campagne accompagnée d’un splendide jardin, restée dans ses cartons, qui aurait bien pu être commandée par quelqu’un de l’envergure de Petit de Marivat, à la suite de la construction de son hôtel urbain.
Ce premier hôtel à la française, qui fit date à Besançon, est toutefois encore considéré aujourd’hui comme « un brillant morceau d’architecture, trop parisien cependant pour s’intégrer complètement à l’ensemble urbain qui l’environne » [38].
Le logis présente sur ses deux faces un avant-corps légèrement saillant - flanqué de pilastres côté cour - surmonté d’un fronton triangulaire.
Deux ailes de même hauteur, contenant remises et communs, encadrent la cour d’honneur. L’escalier, situé à l’angle de l’aile droite, se signale à l’extérieur par trois arcades en anse de panier. L’ensemble est couvert de toits à longs pans brisés, ce qui n’est pas habituel à Besançon, mais la tuile plate confère une sorte d’unité avec le reste de l’îlot. De subtiles variations dans le dessin des baies - en plein cintre au centre du bel étage et à l’avant-corps sur jardin, rectangulaires ou en arc segmentaire ailleurs -, l’introduction de refends continus au rez-de-chaussée de la façade de l’escalier et sur les pilastres de l’avant-corps, articulent les différentes parties de l’édifice (fig. n°11).
Les pièces du rez-de-chaussée s’organisaient, dans l’axe du logis, autour d’une grande antichambre sur cour et d’un salon sur jardin. A l’origine, la grande antichambre était vraisemblablement précédée d’une petite antichambre donnant sur l’escalier, et ouvrait à gauche sur une salle à manger.
Peu après, en 1739, Joseph Le Bas de Clévans, entré au parlement en 1729 où il était le seul Parisien [39], investissait dans la pierre en construisant un autre hôtel à la parisienne, cette fois dans un lotissement neuf au sud de la ville, encore très peu urbanisé. Situé sur un grand terrain à l’angle de trois rues (rue Lecourbe, rue Chifflet et rue Charles-Nodier [40]), il s’insère sur la rue Lecourbe entre deux maisons des années 1730 dont l’une était la propre demeure de Jean-Pierre Galezot construite par lui-même [41].
Placé dans une parcelle trapézoïdale peu commode formant sur la rue une sorte d’entonnoir, le corps de logis se présente de biais, en parallèle à la voirie, avec une cour d’honneur encadrée de remises dont le dessin s’incurve de part et d’autre du portail d’entrée (fig. n°12). La vue biaise s’efface lorsqu’on pénètre dans la cour, en donnant l’impression d’un plan parfaitement orthogonal. Contrainte d’une forme dont l’architecte a aussi tiré parti pour aménager une cour des écuries, « lieux » et bûcher, avec une entrée de service sur la rue Chifflet et des cuisines accolées sur la face droite du corps de logis. Le terrain, de plan plus régulier derrière la demeure, donna lieu à l’aménagement d’un grand jardin transformé en parc à l’anglaise au XIXe siècle, composé au XVIIIe d’un potager, de bosquets de charmille et de tilleuls et de parterres réguliers [42].
Cet habile maître d’œuvre était parfaitement au courant des grands modèles parisiens. L’édifice emprunte en effet beaucoup de traits à l’hôtel Matignon construit entre 1720 et 1723, par Jean Courtonne [43] : le logis entre cour et jardin est flanqué de deux étroits corps en saillie, rappelant l’architecture des châteaux, qui abritent à droite l’escalier d’honneur et contenait à gauche une galerie, si bien qu’il s’agissait de l’un des rares hôtels, avec celui des Chifflet, à en posséder une à cette époque [44]. Au centre, le vestibule suivi du salon donnant sur le jardin, était encadré de deux antichambres à gauche, et de deux « chambres à feu » à droite. La première chambre qui donnait à la fois sur l’escalier et sur le vestibule, servait sans doute depuis l’origine de salle à manger [45](fig. n°13).
Reste la question de l’attribution. Comme presque toujours à Besançon, aucun plan ni devis de construction ne se trouve dans les archives notariales. Deux dessins du portail d’entrée et un troisième concernant le mur de clôture rue Chifflet, établis pour la requête en voirie, subsistent aux archives municipales, mais ne sont pas signés [46].
On sait néanmoins qu’une constitution de rente avait été établie en 1742 par Joseph Le Bas de Clévans au profit de Jean Querret, « architecte des bâtiments du roi », sur un capital de 8 000 livres [47].
D’origine bretonne, Jean Querret arriva à Besançon en 1735 à la suite de l’intendant de Vanolles, avec qui il avait travaillé dans la généralité de Moulins. Querret avait suivi jusqu’alors un brillant parcours professionnel, si l’on en croît une lettre de l’intendant écrite en1735 à l’intention du trésorier de France, Demotes de Montgaillard, afin de s’attacher les services de l’architecte en Franche-Comté : « Je n’aurais pas laissé les chemins du Bourbonnais en aussi bon état qu’ils étaient lors de mon départ ; il est vray qu’il n’y avait qu’une partie de la grande route, mais le reste aurait été fini, si j’avais eu M. Querret trois ans plutost, il me serait bien nécessaire ici […] aux ouvrages étrangers à l’inspection des ponts et chaussées, il est non seulement propre aux chemins, mais […] il est architecte et […] a travaillé à la reconstruction de la ville de Rennes et aux bâtiments du palais épiscopal de Strasbourg… » [48].
Ainsi, même si les preuves sont minces, Jean Querret, qui avait notamment travaillé avec Robert de Cotte au palais Rohan à Strasbourg, pourrait bien être l’auteur de l’hôtel de Clévans ; il en possédait les capacités : la rationalisation des espaces, la simplicité du décor des façades surmontées de hauts toits comtois à croupes, et la modernité des distributions intérieures, montrent une grande aisance dans la pratique architecturale doublée d’une pratique d’ingénieur en osmose avec l’esprit d’un lieu.
La première moitié du XVIIIe siècle qui vit, à partir des années 1730, deux courants architecturaux s’implanter sur le sol de la ville, l’un traditionnel et l’autre moderne, vit aussi l’affrontement, pour la commodité des dedans, de deux tendances opposées : l’une excessivement éprise de luxe et de confort, car c’était l’habitude ailleurs, l’autre très mesurée car on n’avait pas encore pris goût ici, ou très peu, aux raffinements des grandes capitales.
La rencontre de ces deux entités, celle exogène véhiculant le « règne du petit et du charmant » [49] et celle endogène fonctionnant sur un mode grave et rustique, aurait pu se faire sans histoire et sans laisser de trace, si les parties en cause n’avaient été, d’une part, les magistrats de la ville et, de l’autre, les représentants des plus hautes autorités de l’Etat, l’intendant, le gouverneur et le commandant militaire que la ville était chargée de loger selon leur rang, en payant de ses deniers. La violence des débats relatés dans le Journal des délibérations de la ville, autour de questions d’économie domestique, de confort et de décor, même si elle ne s’appliquait pas aux propriétaires privés libres de leur choix, dénote, par le biais de ses représentants, l’état d’esprit de toute une communauté urbaine face « aux victimes de la mode » venues d’ailleurs.
Puisqu’elles étaient toutes en construction, Besançon ne possédait pas de demeures dignes de loger « le dessus du panier » administratif. La ville, qui se plaignait parfois qu’ « il n’y a pas à Besançon de maisons vacantes propres à y placer des personnes de distinction qui vienne par accident et qui sont suivies d’un grand équipage et de beaucoup de domestiques » [50], fut obligée de se rabattre sur d’antiques résidences remontant au XVIesiècle : le palais Granvelle [51], l’hôtel de Montmartin [52], l’hôtel d’Emskerque [53] puis Mignot de la Balme [54], qu’il fallut bien moderniser sous la pression de leurs nouveaux occupants.
Les premiers commandants militaires ne furent apparemment pas très regardants en matière de logement. L’un d’eux occupa, probablement dès la fin du XVIIe siècle, la maison d’un conseiller au parlement qui venait de mourir, garnie de si peu de meubles qu’il avait été contraint « de faire servir de tapisseries les couvertures de ses mulets dans une chambre où il reçoit » [55], indication qui montre que les murs y étaient dépourvus de lambris et de tapisseries.
L’installation de l’intendant Louis de Bernage, arrivé à Besançon en décembre 1702 et logé à l’hôtel d’Emskerque, fut plus mouvementée. Les magistrats se plaignirent en avril 1703 que ce dernier « y fait faire une si effroyable quantité de réparation qu’on ne peut pas prévoir où va cette dépense. Tout nouvellement il veut faire démonter un quartier tout entier pour faire des fenêtres du haut en bas… » [56].
En juillet suivant, alors que tout l’hôtel était « sens dessus dessous », l’intendante se piqua de commander un poële à l’allemande à placer dans une niche, certainement l’un des premiers à Besançon, mais comme de mode à Paris dès la deuxième moitié du XVIIe siècle. Les édiles expliquèrent « qu’il n’y a[vait] point de murailles contre lesquelles on se puisse appuyer » [57] et qu’étant donné le prix du fourneau (estimé à près de 500 livres), ses briques étaient aussi chères « que de la fine fayence ». Puis les pièces furent lambrissées. Il fallut adapter des volets intérieurs aux fenêtres et « achever la perspective », c’est-à-dire probablement réorganiser le jardin [58].
En 1719, commença la longue « querelle des casseroles ». Pour équiper sa cuisine de l’hôtel de Montmartin, le duc de Levy, commandant militaire, eut en effet la prétention de commander au marchand bisontin Bouchet une invraisemblable liste de marmites, casseroles à queue, poissonnières et chaudrons en cuivre et en fonte [59], que la Ville refusa de payer, invoquant le fait que la coutume « du grand ustensile » n’avait pas cours en Franche-Comté. Mais comme chaque fois, elle dut s’incliner.
En 1740, le duc de Randan, nouveau commandant militaire, émit le vœu d’ajouter une aile à gauche de la cour d’honneur du même hôtel de Montmartin, car ce dernier ne comportait évidemment pas de petits appartements. L’adjonction se vit dotée d’un vestibule, d’une antichambre et d’une chambre à coucher lambrissées à hauteur d’appui, d’un cabinet avec lambris de hauteur, de deux garde-robes à l’arrière de la chambre, d’entresols et d’une « chambre des bains » comprenant « latrines à l’anglaise, la caisse et couvert en chêne garnit de ses ferrements avec tuyaux en plomb …, une baignoire ovale en chêne garnit en plomb et cercles de fer, un tabouret de foyard, un bassin avec couvert en fer blanc posé sur deux consoles de fer, les robinets en cuivre et crochet de fer, une corde attachée à un crampon dans le plancher » [60]. A nouveau, le conseil municipal dut desserrer les cordons de sa bourse.
L’aménagement de cette aile fut aussi l’objet d’une immense querelle qui monta jusqu’au roi et qui, cinquante ans plus tard, était encore présente dans toutes les mémoires [61].
En 1741, date à laquelle s’étaient achevés les travaux, la mode de placer des glaces sur les cheminées ne semblait pas acquise dans tous les intérieurs bisontins. De plus, le produit restait cher. Lorsqu’on examine les quelques décors Louis XV encore en place actuellement dans les hôtels de parlementaires, les glaces semblent effectivement flotter dans les boiseries conçues à cet effet, comme s’il s’agissait d’un apport ultérieur (fig. n°14).
Quoiqu’il en soit, la municipalité avait fait un « dernier effort » pour rendre habitables les petits appartements de l’hôtel de Montmartin, mais il manquait les dessus de cheminée conformes au vœu de monsieur de Randan. L’intendant s’en mêla, le marquis de Breteuil aussi qui porta l’affaire à Versailles. Breteuil relate l’entrevue royale dans une lettre à l’intendant de Vanolles : « Le Roy, à qui j’en ai rendu compte, désire que vous fassiés entendre aux Magistrats que ces sortes d’embellissements faisant une partie essentielle de la construction du bâtiment auquel ils sont attachés à demeure, ils ne les doivent point regarder comme meubles, et qu’ainsi ils ne peuvent se dispenser d’y pourvoir » [62].
En mai, ces derniers répliquèrent qu’il était impensable d’ « introduire une nouveauté a laquelle on n’a jamais pensé… » [63], mais ils durent obtempérer. Le maître-miroitier Pierre Maillot (sans doute parisien) vint prendre les mesures des dix glaces en deux parties destinées non seulement à l’aile neuve, mais aussi au corps de logis du XVIe siècle, dont il avait fallu changer certaines cheminées. L’ensemble, c’est-à-dire non seulement les glaces mais aussi les cadres avec leurs « ornements, pilastres en console et contours, trophées sculptés dorés d’or jaune du meilleur goût et des plus à la mode » fut envoyé de Paris. Tout était en place en décembre 1741 pour la somme importante de 2 780 livres [64].
Dans les quelques demeures reconstruites à la fin du XVIIe et au début du XVIIIe siècle, l’habitude était encore de faire des plafonds à la française, certains murs étant revêtus de boiseries feintes peintes sur l’enduit, que l’on redécouvre parfois sous des lambris plus récents, à l’occasion de travaux [65](fig. n°15).
Par la suite, les habitants de la Franche-Comté, et ceux de Besançon en particulier, se laissèrent séduire, dans l’intimité de leurs demeures, par un style rococo aimable et tempéré, accompagné de lumineux plafonds en plâtre blanc.
On ne tomba toutefois pas dans les exubérances décoratives d’un Thomas Germain ou d’un Cuvilliés, échos aux débordements du costume féminin, dont se moquait un certain Ange Goudar : leurs habits, écrit-il, « contiennent souvent des maisons, des châteaux avec leurs appartements… On y voit aussi des animaux de toutes espèces… Lorsqu’on y fait bien attention, on ne trouve guère de femmes en France, qui n’ait un singe en embuscade, caché dans quelque endroit de son jupon » [66].
Ici, pas de chinoiseries ni d’excès d’aucune sorte, mais la province excellait depuis longtemps dans le travail du bois, et possédait un grand nombre de bons ébénistes. Les ateliers de sculpture avaient même pu traverser le siècle précédent, sans jamais vraiment cesser leurs activités, excepté durant la guerre de Dix ans (1636-1645), car ils avaient été portés par les commandes émanant des communautés religieuses, clientèle avertie et cultivée, en liaison permanente avec Rome et les établissements de leurs ordres répandus sur le sol français.
La famille Galezot, aux multiples ramifications, représente un bon exemple de ces ouvriers du bois qui arrivèrent à Besançon à la fin du XVIIe siècle et essaimèrent aussi dans plusieurs villes comtoises [67]. Mais il y en avait d’autres sur place, les Ligier, père et fils [68], Julien Chambert [69], Jean-Etienne Philippe [70]. Certains sont moins connus, comme Xavier Greffet et Nicet Paris chargés d’exécuter les lambris de la nouvelle aile de l’hôtel de Montmartin en 1741 [71].
Les architectes eux-mêmes, comme Oppenord ou Boffrand, prirent soin de dessiner des décors intérieurs. Jean-Charles Colombot, par exemple, est connu pour avoir meublé la dizaine d’églises qu’il construisit lorsqu’il devint architecte des Eaux et Forêts, reléguant des menuisiers-ébénistes au rôle d’exécutants.
Ces derniers avaient en commun d’être d’abord des créateurs de mobilier religieux, et tous avaient une certaine pratique du trait [72], ce qui permit parfois des passerelles vers le métier d’architecte, comme ce fut le cas, on l’a vu, pour J.-P. Galezot.
De ces lambris de la première moitié du XVIIIe siècle, peu ont subsisté jusqu’à nos jours. Beaucoup furent transformés dans la seconde moitié du siècle pour être mis au goût du jour, ou ont disparu lors de remaniements de la distribution, certains, parfois, furent déposés et vendus comme ceux du salon de l’hôtel de Rosières [73].
Bâti en 1732, l’hôtel Petit de Marivat, novateur par son architecture, l’était moins en matière de décor intérieur, comme en attestent les boiseries conservées dans la grande antichambre située au rez-de-chaussée de l’avant-corps central sur cour, de la salle à manger carrelée située à sa gauche, ou du grand salon à pans coupés donnant sur le jardin et faisant suite à l’antichambre.
L’ensemble de ces trois pièces est composé d’une suite de panneaux et de parcloses allongés à petits cadres, sans aucun décor sculpté, où seul joue le graphisme épuré des moulures entourant des figures géométriques carrées, rondes et rectangulaires, à peine adoucies par des coins coupés concaves et quelques lignes convexes.
Le surdécoupage de ces surfaces, porté à son paroxysme dans le grand salon (fig. n°16), rappelle nettement l’aspect compartimenté des dessins de lambris fournis par Robert de Cotte au début du XVIIIe siècle pour le château de Villersexel [74](fig. n°17).
(fig. n°16) | (fig. n°17) |
Etait-ce une volonté affirmée et même militante du commanditaire qui goûtait peut-être peu le goût mièvre qui se développait alors ? Voulait-il rappeler par la sévérité de son intérieur la rigueur du métier des armes ? Peut-être, d’autant que sur deux dessus de porte de la grande antichambre sont peintes des scènes militaires, quatre autres panneaux illustrant les quatre éléments.
Ailleurs, au-dessus des cimaises, s’associaient coquilles asymétriques, trophées, médaillons chantournés, courbes godronnées, comme à l’hôtel de Courbouzon-Villefrancon élevé entre 1732 et 1735 pour le conseiller et futur président du parlement, Claude-Antoine Bocquet de Courbouzon. Le grand salon du premier étage, orné d’une grande copie du portrait équestre de Louis XIV, par René-Antoine Houasse (1645-1710), conserve son décor d’origine de style Louis XV, mais certains panneaux à grands cadres et les parcloses ponctués d’un cercle trahissent encore une mode précédente (fig. n°18).
En 1739, le chapitre cathédral prenait contact avec le Parisien Germain Boffrand [75] pour la décoration du chœur du Saint-Suaire de la cathédrale Saint-Jean qui venait d’être reconstruit par Jean-Pierre Galezot [76], à la suite de la chute de l’ancien clocher.
Entre 1744 et 1745 était bâti, en face de l’édifice religieux, l’hôtel à la parisienne d’une « esquise élégance » [77] destiné au chanoine Dagay [78]. Il a été attribué sans preuve au même Germain Boffrand [79], sans doute pour plusieurs raisons, notamment à cause de la proximité du chantier de la cathédrale, et parce que le vocabulaire ornemental et architectural expressif employé ici est résolument différent des autres hôtels de la même veine. Cependant la façade à refends, les ailes à pans coupés concaves et les médaillons rocaille ornant les deux pilastres du portail d’entrée s’apparentent plus à l’art d’un Jacques V Gabriel (fig. n°19).
Le décor d’une pièce du bel étage, surnommée la « chambre du cardinal » [80], conserve presque intact un lambris de hauteur à petits cadres contemporain de la construction. Sous un plafond à voussures et au-dessus de la cimaise, les hauts panneaux chantournés, qui se succèdent sans intermédiaires, sont ornés de chutes d’objets où dominent des instruments de musique - puisque chacune en contient au moins un - et évoquent aussi la rêverie bucolique (chapeau de paille, panier de fleurs, coussin à pompons), ainsi que le statut du propriétaire (cierge allumé, chapeau de chanoine et cœur rayonnant couché sur un bouclier), le tout entrelacé de rameaux d’olivier et de chêne ; les panneaux supérieurs sommés d’un motif rocaille étant ponctués de caisses d’oranger, ou de branches entrecroisées (fig. n°20).
Notons que peu utilisés, à notre connaissance, dans les décors des grands panneaux des hôtels bisontins de la même période, les trophées le sont fréquemment dans les lambris accompagnant les retables dans le chœur des églises comtoises.
On serait tenté de dater de ces années-là, c’est-à-dire entre 1740 et 1750, le vrai assouplissement du décor dans les intérieurs bisontins, avec l’introduction de graciles fleurs des champs, de palmes alanguies, comme dans le salon de l’hôtel de Buyer (fig. n°21), qui présente un dessus de porte sculpté d’objets rappelant les travaux des champs : gerbes de blé, serpettes entrecroisées, houe, chapeau de paille, ou un dessus de cheminée orné d’une peinture, représentant des amours effectuant la moisson, alors que dans le cabinet de lecture, les lambris de hauteur aux panneaux chantournés munis de gonds et de serrures dissimulent les rayons de la bibliothèque [81](fig. n°22).
(fig. n°21) | (fig. n°22) |
Il n’est pas aisé de reconstituer la couleur d’origine de ces pièces lambrissées souvent repeintes. En 1789, une description très minutieuse de l’hôtel de Grosbois, construit dans la première moitié du siècle mais réaménagé en 1761, peut toutefois nous donner quelques indications [82].
Plusieurs pièces (une chambre, la salle à manger et une chambre à coucher) étaient peintes en gris ou en « petit gris », certaines avec les moulures soulignées de blanc. Une autre chambre à coucher était de couleur « bleue céleste » [83], un cabinet de travail « vert clair », tous deux avec des moulures blanches ; le grand salon, y compris « l’impériale du plafond » et un cabinet de travail attenant présentaient des boiseries « beurre frais et les moulures plus foncées », enfin une antichambre était recouverte de « blanc à la détrempe ».
En résumé, couleur et clarté envahissaient les appartements, encore accentuées par le flot de lumière apporté par des baies plus hautes que larges, en contraste frappant avec les extérieurs, toujours en pierre de taille marbrée de bleu et blanc, mais austères et sans décor.
A cette pénétration de la frivolité et du divertissement ornemental, il faudrait ajouter celle de l’art théâtral qui arriva dans les bagages de l’état-major militaire [84]. En 1738, les magistrats municipaux déposèrent pourtant une plainte (ce ne fut pas la seule) contre le comédien Dubuisson « directeur de l’Académie royale de Musique », qui voulait donner une pièce allant à l’encontre des principes moraux établis, intitulée Issé, pastorale héroïque. Ce fut l’occasion d’une autre bataille où le commandant militaire évoqua une fois de plus la figure tutélaire du roi [85].
Tout se dénoua finalement dans la deuxième moitié du siècle. La vie était moins âpre. On s’était enrichi. Les querelles du décor, comme celles du confort, ou du théâtre [86] s’aplanirent, tradition et modernité fusionnèrent en un tout plus harmonieux.
Du point de vue architectural, un édifice peut être considéré comme emblématique du changement qui s’amorçait. Il s’agit de l’hôtel « à la parisienne », construit en 1757 pour le grand maître des Eaux et Forêts, Claude-François Philogène Renouard, comte de Fleury, auparavant conseiller au parlement de Paris [87], par le très bisontin Jean-Charles Colombot [88].
Jean-Pierre Galezot était mort en 1742 après avoir assuré, avec d’autres bien sûr, la transition entre le difficile XVIIe siècle et les années 1740, période que pourraient définir les quelques livres d’architecture qu’il possédait dans sa bibliothèque au moment de sa mort : la Manière universelle de M. Desargue pour pratiquer la perspective par petit pied, comme le géométral d’Abraham Bosse (1648), Le cours et le dictionnaire d’architecture de Daviler (1691) et La théorie et pratique du jardinage de Dezallier d’Argenville dans l’édition de 1712 [89]. Jean-Charles Colombot, qui devait s’éteindre en 1782, assura le passage des années 1750. Changement de coutume, il envoya son fils Claude-Antoine (né en 1747) à Paris pour suivre l’enseignement de Desprez [90], formation qui lui valut de devenir l’un des meilleurs et des plus prolifiques architectes bisontins du dernier tiers du XVIIIe siècle.
ROUSSEL, Christiane. Entre tradition et modernité : les hôtels à Besançon de 1730 à 1750. In Situ, revue des patrimoines [en ligne], 2005, n°6 [consulté le JJ/MM/AAAA].
http://www.insitu.culture.fr/article.xsp?numero=6&id_article=roussel-526
Fig. 1 - Besançon, 127 Grande Rue ; hôtel d’Etrabonne (1730) ; par l’architecte Jean-Pierre Galezot, façade sur rue. Phot. Inv. J. Mongreville © Inventaire général, ADAGP, 2003.
Fig. 2 - Besançon, 20 rue Chifflet ; hôtel de Courbouzon (1744) ; par l’architecte Jean-Charles Colombot, façade sur rue. Phot. Inv. J. Mongreville © Inventaire général, ADAGP, 2003.
Fig. 3 - Besançon, 4 rue des Granges ; hôtel de Montureux (1741) ; par l’architecte Jean-Charles Colombot, façade sur rue. Phot. P. Blandin © Monuments historiques, ADAGP, 2003.
Fig. 4 - Besançon, 23 rue des Granges ; hôtel Chifflet (1751) ; par l’architecte Jean-Charles Colombot, façade postérieure du logis sur cour. Phot. Inv. J. Mongreville © Inventaire général, ADAGP, 2003.
Fig. 5 - Besançon, 22 rue Chifflet ; hôtel Damey, puis de Verseille, escalier à cage ouverte sur cour. Phot. Inv. J. Mongreville © Inventaire général, ADAGP, 2003.
Fig. 6 - Besançon, 11 Grande Rue ; hôtel Chevanney, escalier à cage ouverte sur cour ; attribué à l’architecte J.-P. Galezot (1730). Phot. Inv. J. Mongreville © Inventaire général, ADAGP, 2003.
Fig. 7 - Besançon, 20 rue Chifflet ; hôtel de Courbouzon (1744) ; par l’architecte Jean-Charles Colombot, escalier d’honneur à droite du passage cocher. Phot. Inv. J. Mongreville © Inventaire général, ADAGP, 2003.
Fig. 8 - Besançon, 9 rue de Pontarlier ; hôtel du Châtelet (1739) ; par l’architecte J.-P. Galezot, croquis restituant la distribution des pièces du 1er étage au XVIIIe siècle. Dessin A. Céréza © Inventaire général, ADAGP, 2003.
Fig. 9 - Besançon, 23 rue Chifflet ; hôtel Chifflet, plan-masse ; par l’architecte Claude-Antoine Colombot, du 21 décembre 1798 ; dessin à la plume aquarellé. A.D. Doubs. Phot. Inv. J. Mongreville © Inventaire général, ADAGP, 2003.
Fig. 10 - Besançon, 2 place Jean Cornet ; hôtel Petit de Marivat (1732) ; par l’architecte Jacques-François Blondel, élévation sur rue pour la requête en voirie ; dessin à la plume, B.M. Besançon. Phot. Inv. Y. Sancey © Inventaire général, ADAGP, 2003.
Fig. 11 - Besançon, 2 place Jean Cornet ; hôtel Petit de Marivat (1732) ; par l’architecte Jacques-François Blondel, vue d’ensemble depuis le portail d’entrée. Phot. Inv. J. Mongreville © Inventaire général, ADAGP, 2003.
Fig. 12 - Besançon, 4 rue Lecourbe ; hôtel de Clévans (1739) ; attribué à l’architecte Jean Querret, vue d’ensemble depuis le portail d’entrée. Phot. Inv. J. Mongreville © Inventaire général, ADAGP, 2003.
Fig. 13 - Besançon, 4 rue Lecourbe ; hôtel de Clévans (1739) ; attribué à l’architecte Jean Querret, croquis restituant la distribution du rez-de-chaussée au XVIIIe siècle. Dessin A. Céréza © Inventaire général, ADAGP, 2003.
Fig. 14 - Besançon, 18 rue Chifflet ; hôtel de Courbouzon-Villefrancon (1732-1735) ; auteur inconnu, cheminée et glace du grand salon. Phot. Inv. J. Mongreville © Inventaire général, ADAGP, 2003.
Fig. 15 - Besançon, 11 rue Pasteur ; hôtel Barbier, fragment d’un décor peint d’une pièce du rez-de-chaussée de la fin du XVIIe ou du début du XVIIIe siècle. Phot. C. Roussel © C. Roussel, 2003.
Fig. 16 - Besançon, 2 place Jean-Cornet ; hôtel Petit de Marivat (1732), lambris du grand salon. Phot. P. Blandin © Monuments historiques, 1991.
Fig. 17 - Villersexel, château ; « lambris de chambre » ; par l’architecte Robert de Cotte ; s.d. (début XVIIIe siècle) ; dessin à la plume, B.N.F. estampes (papiers Robert de Cotte), reproduit par R. Leroy, A.D. Doubs. Repro. P. Boisnard © Monuments historiques, 2001.
Fig. 18 - Besançon, 18 rue Chifflet ; hôtel de Courbouzon-Villefrancon (1732-1735), vue d’ensemble du grand salon. Phot. Inv. J. Mongreville © Inventaire général, ADAGP, 2003.
Fig. 19 - Besançon, 5 rue de la Convention ; hôtel Dagay dit de Boitouset (1744-1745) ; auteur inconnu, vue d’ensemble depuis la rue. Phot. Inv. J. Mongreville © Inventaire général, ADAGP, 2003.
Fig. 20 - Besançon, 5 rue de la Convention ; hôtel Dagay dit de Boitouset (1744-1745), vue d’ensemble des lambris de « la chambre du Cardinal » en 1949. Phot. C. Thaon, Médiathèque de l’Architecture et du Patrimoine © CMN.
Fig. 21 - Besançon, 102 Grande Rue ; hôtel de Buyer (2e quart du XVIIIe siècle) ; auteur inconnu, vue d’ensemble des lambris du grand salon du logis sur cour. Phot. Inv. J. Mongreville © Inventaire général, ADAGP, 2003.
Fig. 22 - Besançon, 102 Grande Rue ; hôtel de Buyer (2e quart du XVIIIe siècle), vue d’ensemble des lambris du cabinet de lecture du logis sur cour. Phot. Inv. J. Mongreville © Inventaire général, ADAGP, 2003.
1 - « La Grande manière » et « Le Temps généreux », termes empruntés à CHASTEL, André. L’art français. T. 3 : ancien régime 1620-1775. Paris : Flammarion, 1995, p. 98 et 196.
2 - Sur une trentaine d’hôtels, environ les trois quarts se présentent sur rue.
3 - La ville comptait en effet 17 000 habitants au début du XVIIIe siècle et plus de 32 000 en 1791.
4 - DERRIDER, A. Jean-Pierre Galezot, architecte et sculpteur (1686-1742). Mém. Soc. Emul. Doubs, 2000, p. 77-102.
5 - DERRIDER, A. Jean-Pierre Galezot, architecte et sculpteur (1686-1742). Mém. Soc. Emul. Doubs, 2000, p. 78, 81.
6 - TOURNIER, R. Les architectes bisontins Jean-Charles Colombot (1719-1782) et Claude-Antoine Colombot (1747-1821). Mém. Acad. Sci. Belles-Lettres et Arts de Besançon, 1963, p. 157-175.
7 - D’après DERRIDER, A. Jean-Pierre Galezot, architecte et sculpteur (1686-1742). Mém. Soc. Emul. Doubs, 2000, p. 100.
8 - ROUSSEL, C. Besançon au XVIIIe siècle : paysages et architecture d’une ville teintée d’accents ruraux. Histoire Urbaine, n° 8, décembre 2003, p. 69-86.
9 - Par exemple à l’hôtel de Courbouzon-Villefrancon, situé 18 rue Chifflet, bâti entre 1732 et 1735, d’après l’achat d’un terrain par Claude-Antoine Bocquet de Courbouzon en 1732 (A.D. Doubs : 1 H 216), et la date de 1735 portée sur deux plaques de cheminée d’origine.
10 - Par exemple à l’hôtel Michotey, construit en 1743 par l’architecte Pillot, situé 14 rue Mégevand. Date et auteur dans : ESTAVOYER, L., GAVIGNET, J.-P. Besançon, ses rues, ses maisons. 1989, p. 164.
11 - ESTAVOYER, L., GAVIGNET, J.-P. Besançon, ses rues, ses maisons. 1989, p. 116. L’hôtel est situé 23 rue des Granges.
12 - GRESSET, M. Gens de justice à Besançon, 1674-1789, t. I, 1978, p. 474.
13 - ROUSSEL, C. Escaliers bisontins du XVIe siècle. Actes du colloque de Besançon « La Franche-Comté à la charnière du Moyen Age et de la Renaissance », (10-12 octobre 2002), 2003, p. 403-413.
14 - A la mort de l’architecte en 1742, Etienne-Joseph de Mongenet propriétaire de l’hôtel, situé 11 Grande rue, était encore mentionné comme débiteur de J.-P. Galezot. Cet hôtel de la fin du XVIe siècle avait en effet subi des transformations vers 1730 (surélévation du logis sur rue, construction d’un logis secondaire sur cour et construction de l’escalier à cage ouverte) qui paraissent donc imputables à J.-P. Galezot. (A.D. Doubs B 10 532 : apposition des scellés faite sur les effets de J.-P. Galezot, 24 février 1742).
15 - DERRIDER, A. Jean-Pierre Galezot, architecte et sculpteur (1686-1742). Mém. Soc. Emul. Doubs, 2000, p. 98.
16 - Il existe une élévation de la façade de l’hôtel de Courbouzon, situé 20 rue Chifflet, de la main de Colombot, établie pour la requête en voirie datée du 4 mai 1744 (AM Besançon, Bibliothèque municipale : DD 34).
17 - Formule empruntée à André CHASTEL. L’art français. T. 3 : ancien régime 1620-1775. Paris : Flammarion, 1995.
18 - On ne connaît pas l’auteur de cet hôtel situé 24 rue Chifflet, racheté en 1781 par Marie-Madeleine Pourcheresse de Fraisans (voir dossier de protection CRMH, DRAC de Franche-Comté).
19 - Requête en voirie pour la façade sur rue d’avril 1742, avec dessin de l’élévation signé par J.-P. Galezot (AM Besançon : DD 9, fol. 56, 57).
20 - La distribution intérieure de l’hôtel a été reconstituée grâce à une « Reconnaissance estimative » de l’édifice par l’architecte Claude-Antoine Colombot, du 17 septembre 1793 (A.D. Doubs : Q 131).
21 - La distribution intérieure de l’hôtel est connue grâce à une « Reconnaissance estimative » de l’édifice par l’architecte Claude-Antoine Colombot du 26 août 1793 (A.D. Doubs : Q 131).
22 - La collection était célèbre et vraisemblablement visitée par les étrangers qui passaient à Besançon. Elle le fut sans doute par madame Gauthier qui, dans son Voyage d’une française en Suisse et en Franche-Comté après la Révolution, publié en 1790, en donna une description succincte. Cependant, pendant la Révolution, 5 778 livres et manuscrits furent confisqués à la famille Chifflet, lesquels se trouvent actuellement à la bibliothèque municipale de la Ville (d’après RICHARD, H. Trois siècles de patrimoine public ; bibliothèques et musées de Besançon. Catalogue d’exposition, 1994, p. 58).
23 - On ne connaît pas l’auteur de l’hôtel Damey puis de Verseille, situé 22 rue Chifflet. En revanche, il a été transformé entre 1780 et 1783 par l’architecte Claude-Antoine Colombot (AD Doubs : 4 J 22-24 et 4 J 46, archives de la famille de Verseille). Voir aussi l’analyse des travaux par BRUNET, P. Claude-Antoine Colombot, architecte bisontin (1747-1821). Les hôtels particuliers dans l’œuvre jusqu’à la Révolution. T. I, p. 207-227. Mém. maîtrise, 1997, Histoire de l’art, Besançon.
24 - L’hôtel de Maîche puis de Thurey, situé 74 Grande rue, a peut-être été bâti par Jean-Charles Colombot puisqu’en 1780 le même architecte fut sollicité pour ajouter un balcon sur la façade sur rue (AM Besançon : DD 19, fol. 148, 149).
25 - L’extension de l’aile gauche en 1773 donna lieu à un procès avec les religieuses de la Visitation, voisines de l’hôtel, et à la levée d’un plan-masse par l’architecte Claude-Joseph-Alexandre Bertrand (AD Doubs : 134 H 9). L’inventaire révolutionnaire (« Reconnaissance estimative » de l’édifice par l’architecte Claude-Antoine Colombot, du 17 septembre 1793 (AD Doubs : Q 131) permet de situer l’entresol dans cette extension.
26 - Voir la note 24.
27 - En 1781, le menuisier Faivre réalisa « la caisse des lieux à l’anglaise », d’après BRUNET, P. Claude-Antoine Colombot, architecte bisontin (1747-1821). Les hôtels particuliers dans l’œuvre jusqu’à la Révolution. T. I, p. 214. Mém. maîtrise, 1997, Histoire de l’art, Besançon.
28 - Le « cabinet des lieux », situé derrière un bûcher, figure sur le « Plan de la maison de M. de Thurey » levé en 1782 par l’architecte Renaudin (AD Doubs : G (plan) 21). Pour l’hôtel Chifflet se référer au plan publié dans cet article (fig. 10).
29 - L’hôtel de Montmartin, situé 12 rue de l’Orme de Chamars, fait cependant exception. Il fut bâti entre cour et jardin, pour le cardinal Antoine de Granvelle, entre 1582 et 1587, mais il ne l’habita jamais puisqu’il mourut à Madrid en 1586. Il fut ensuite racheté par la Ville en 1618. Voir ESTAVOYER, L., GAVIGNET, J.-P. Besançon, ses rues, ses maisons. 1989, p. 180.
30 - Voir dossier de protection CRMH, DRAC de Franche-Comté qui contient une note de S. Gibiat relatant la carrière de F.M. Petit de Marivat.
31 - COINDRE, G. Mon vieux Besançon, t. II, 1933, p. 575-576.
32 - Les terrains les plus coûteux étaient situés le long des trois rues principales : Grande rue, rue des Granges, rue Saint-Vincent (actuellement rue Mégevand).
33 - D’après GRESSET, M. Gens de justice à Besançon, 1674-1789, t. I, 1978, p. 318-319.
34 - Le toisé du terrain avait été réalisé le 5 mars 1729 et confié à deux praticiens locaux : J.-P. Galezot et l’entrepreneur Amoudru (AD Doubs : J 41).
35 - COINDRE, G. Mon vieux Besançon, t. II, 1933, p. 575, attribution reprise par TOURNIER, R. Maisons et hôtels privés du XVIIIe siècle à Besançon, 1970, p. 39, qui dit que cet hôtel figure dans les planches gravées du Coursd’architecture publié en 1771-1777.
36 - Nous avons utilisé la réédition récemment parue aux Editions du Patrimoine sous la direction de Jean-Marie Pérouse de Montclos, qui offre l’avantage de posséder un index.
37 - AM Besançon : DD9 (requête en voirie).
38 - Citation tirée de : ESTAVOYER, L., GAVIGNET, J.-P. Besançon, ses rues, ses maisons. 1989, p. 69.
39 - D’après GRESSET, M. Gens de justice à Besançon, 1674-1789, t. I, 1978, p. 184.
40 - La rue Charles-Nodier, appelée rue Neuve au XVIIIe siècle, fut tracée dans les années 1730, selon un projet de la fin du XVIIe siècle dû aux ingénieurs du roi.
41 - D’après DERRIDER, A. Jean-Pierre Galezot, architecte et sculpteur (1686-1742). Mém. Soc. Emul. Doubs, 2000, p. 91-92.
42 - D’après la « Reconnaissance estimative » de l’hôtel par l’entrepreneur-architecte J.-F. Guyet, 3 thermidor an II (AD Doubs : Q 131).
43 - D’après TOURNIER, R. Maisons et hôtels privés du XVIIIe siècle à Besançon, 1970, p. 40.
44 - La galerie a été recoupée par la suite. Les Le Bas de Clévans étaient aussi des collectionneurs. La galerie-bibliothèque qui contenait, en 1804, 40 000 volumes, était ornée de douze têtes d’hommes illustres, peintes par l’artiste comtois Gaspard Grésely (1712-1756) et était aussi décorée de « plusieurs bronzes de toute beauté », d’après une note de M. de Pirey Saint-Alby datée du 18 mars 1983, insérée dans le dossier de protection CRMH, DRAC de Franche-Comté.
45 - D’après la « Reconnaissance estimative » de l’hôtel par l’entrepreneur-architecte J.-F. Guyet, 3 thermidor an II (AD Doubs : Q 131).
46 - AM Besançon : DD 34.
47 - AD Doubs : 7E 3929.
48 - AD Doubs : 1C 2304.
49 - Citation empruntée à André CHASTEL. L’art français. T. 3 : ancien régime 1620-1775. Paris : Flammarion, 1995, p. 283.
50 - AM Besançon : extrait des registres des délibérations de l’hôtel de ville, DD 37, fol. 13, 17 septembre 1734.
51 - Le palais Granvelle, 96 Grande rue, avait été construit entre 1539 et 1542 pour le garde des sceaux de Charles Quint, Nicolas Perrenot de Granvelle. Il était affecté au gouverneur.
52 - ESTAVOYER, L., GAVIGNET, J.-P. Besançon, ses rues, ses maisons. 1989. L’hôtel était affecté au commandant militaire.
53 - L’hôtel, situé 44 Grande rue, fut construit pour la famille d’Emskerque à la fin du XVIe siècle. Il fut affecté entre 1703 et 1718 à l’intendance (AM Besançon : Journal des délibérations de l’hôtel de ville, en 1703, BB 120).
54 - L’hôtel, situé 14 Grande rue, accueillit l’intendance entre 1718 et 1778, avant que celle-ci ne soit transférée dans un bâtiment neuf construit sous la direction de l’architecte Victor Louis (actuel hôtel de la Préfecture, 8bis rue Charles-Nodier).
55 - AM Besançon : extrait des registres des délibérations de l’hôtel de ville, DD 37, fol. 13, 1734.
56 - AM Besançon : Journal des délibérations de l’hôtel de ville, BB 120, 30 avril 1703.
57 - AM Besançon : Journal des délibérations de l’hôtel de ville, BB 120, 10 juillet et septembre 1703.
58 - AM Besançon : Journal des délibérations de l’hôtel de ville, BB 120, 15 octobre 1703.
59 - AM Besançon : extrait des registres des délibérations de l’hôtel de ville, DD 37, fol. 32, 1719.
60 - AM Besançon : extrait des registres des délibérations de l’hôtel de ville, DD 37, fol. 21, 1740 ; et « Etat des effets qui appartiennent à la ville en l’hôtel de la tour Montmartin… », 21 avril 1750. Cette aile a été détruite au XIXe siècle.
61 - Madame Gauthier dans son Voyage d’une française en Suisse et en Franche-Comté après la Révolution, publié en 1790, p. 239-240, rapporte les propos d’une vieille personne qui disait qu’en 1740, « on citait comme une chose curieuse, une glace placée sur la cheminée du sallon du trésorier des troupes… ».
62 - AM Besançon : extrait des registres des délibérations de l’hôtel de ville, DD 37, fol. 60, 28 avril 1741.
63 - AM Besançon : extrait des registres des délibérations de l’hôtel de ville, DD 37, fol. 60, 20 mai 1741.
64 - AM Besançon : extrait des registres des délibérations de l’hôtel de ville, DD 37, fol. 64 : « Mesures de la miroiterie à placer à l’hôtel de Montmartin », 26 mai et 25 décembre 1741.
65 - L’un de ces décors vient par exemple d’être redécouvert, lors d’une opération immobilière, dans l’ancien hôtel Barbier (11, rue Pasteur) construit au XVIe siècle, en grande partie refait à la fin du XVIIe ou au début du XVIIIe siècle.
66 - GOUDAR, A. L’espion chinois. (avant-propos de R. Gouze, présentation de J.F. Lhérété), réed. 1990 (extraits), p. 86-87.
67 - Certains membres de cette famille s’installèrent notamment à Poligny, Salins et Lons-le-Saunier : d’après BRUNE, P. Dictionnaire des artistes et ouvriers d’art de la France, Franche-Comté. 1912, p. 106-108.
68 - BRUNE, P. Dictionnaire des artistes et ouvriers d’art de la France, Franche-Comté. 1912, p. 166.
69 - BRUNE, P. Dictionnaire des artistes et ouvriers d’art de la France, Franche-Comté. 1912, p. 50.
70 - BRUNE, P. Dictionnaire des artistes et ouvriers d’art de la France, Franche-Comté. 1912, p. 228.
71 - On connaît cependant, grâce à la requête en voirie, la maison reconstruite par Nicet Paris pour son compte en 1739 (située 22 rue Renan) en remplacement d’une plus ancienne de la première moitié du XVIe siècle (AM Besançon : DD 4).
72 - Voir par exemple le fonds Galezot (série 2 J) conservé aux archives départementales du Jura qui contient des dessins permettant d’apprécier cette pratique du trait.
73 - Vente effectuée au XIXe siècle et signalée par COINDRE, G. Mon vieux Besançon, t. I, 1933, p. 280-281, et qui nous a fourni dans son ouvrage deux dessins du salon avant sa disparition, dont les décors dataient de la seconde moitié du XVIIIe siècle.
74 - Portefeuille de R. de Cotte (B.N.F., estampes), dessins photographiés pour le château de Villersexel par R. Leroy et conservés aux archives départementales du Doubs : 139 J 5. Le château de Villersexel, dans l’actuel département de la Haute-Saône, fut reconstruit vers 1713-1716 pour Michel Dorothée, comte de Grammont. Robert de Cotte est probablement intervenu pour le pavillon central du château et pour le décor intérieur. L’édifice du XVIIIe siècle a malheureusement brûlé en 1871 (d’après le dossier de Protection CRMH, DRAC de Franche-Comté).
75 - Approbation du choix de l’architecte, par le chapitre cathédral, le 24 février 1740 (AD Doubs : G 220).
76 - Voir DERRIDER, A. Jean-Pierre Galezot, architecte et sculpteur (1686-1742). Mém. Soc. Emul. Doubs, 2000, p. 84-85.
77 - Formule utilisée par TOURNIER, R. Maisons et hôtels privés du XVIIIe siècle à Besançon, 1970, p. 39.
78 - Localement, cet hôtel porte le nom d’ « hôtel Boitouset ». Des travaux récents ont cependant montré qu’il aurait été non pas construit par le chanoine Boitouset, décédé en 1742, mais entre 1744 et 1745 par un membre d’une branche collatérale de la famille, Charles-François Dagay : d’après Sergent (O.). « L’hôtel Boitouset, une maison canoniale du XVIIIe siècle à Besançon », Recherches en Histoire de l’art, n° 2, 2003, p. 107-108 ; article tiré de son mémoire de maîtrise : « L’hôtel Boitouset, état de nos connaissances », soutenue à Besançon en 2002.
79 - Cette attribution a été suggérée par TOURNIER, R. Maisons et hôtels privés du XVIIIe siècle à Besançon, 1970, p. 39. Mais les travaux d’O. Sergent n’ont pu le confirmer. La question de l’auteur de l’édifice reste donc à ce jour non élucidée.
80 - L’hôtel est depuis 1910 le siège de l’archevêché, d’où cette appellation : ESTAVOYER, L., GAVIGNET, J.-P. Besançon, ses rues, ses maisons. 1989, p. 52.
81 - L’hôtel de Buyer, situé 102 Grande rue, comporte un corps de logis sur rue de la fin du XVIIeou du début XVIIIe siècle, et un autre en parallèle sur cour, bâti dans le deuxième quart du XVIIIe siècle, dans lequel sont situés le salon et le cabinet de lecture.
82 - L’hôtel Perreney de Grosbois a été intégré au collège des jésuites à la fin du XVIIIe siècle, mais était cependant loué en 1789 par le collège au premier président du parlement. Voir le « Procès verbal de reconnaissance de l’état de la maison du collège louée à M. le Premier Président » du 12 mai 1789. (AD Doubs : 4E 108/28).
83 - Un « bleu céleste », avec rehaut de couleur blanche pour les sculptures et les moulures, est encore visible dans le salon ovale du prince à l’hôtel de Soubise à Paris, publié dans : CHASTEL, André. L’art français. T. 3 : ancien régime 1620-1775. Paris : Flammarion, 1995, p. 282.
84 - D’après ESTAVOYER, L. Besançon au siècle des Lumières. 1978, p. 21.
85 - AM Besançon : Journal des délibérations de l’hôtel de ville, 13-30 avril 1738, BB 151.
86 - La querelle du théâtre se dénoua définitivement par la construction, en 1778, d’une salle de spectacle par l’architecte Claude-Nicolas Ledoux. Entre 1728 et cette date, les comédiens étaient accueillis au palais Granvelle, sous la protection (en quelque sorte) du gouverneur. Voir ESTAVOYER, L. Besançon au siècle des Lumières. 1978, p. 21-54.
87 - D’après GRESSET, M. Gens de justice à Besançon, 1674-1789, t. I, 1978, p. 254.
88 - Dans les requêtes en voirie subsiste le dessin de « l’élévation du corps d’entrée sur rue » par Jean-Charles Colombot (AM Besançon : DD 34).
89 - AD Doubs B 10 532 : apposition des scellés faite sur les effets de J.-P. Galezot, 24 février 1742.
90 - D’après TOURNIER, R. Les architectes bisontins Jean-Charles Colombot (1719-1782) et Claude-Antoine Colombot (1747-1821). Mém. Acad. Sci. Belles-Lettres et Arts de Besançon, 1963, p. 163-164.